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Michel Barzin


Quelques réflexions à propos de l'estampe en 2020

Nous ne savons pas l'importance exacte de la gravure au 19 ème sc., quand, d'illustration elle est passée au statut d'oeuvre d'art à proprement parler. Déjà, Toulouse Lautrec réalisait des lithographies à tirage très, très limité. Au 20 ème siècle, Braque et Picasso ont diffusé leurs images à travers des éditions de luxe, les écrivains, les éditeurs et les imprimeurs de l'époque y ayant largement contribué.
Le monde de l'estampe était né , avec un public (Voir « L'amateur d'estampe » de Daumier). Mais il était un accessoire-de luxe- à la peinture, à l'oeuvre du peintre.Un peu comme une praline avec le café. Pas le repas.
A la moitié du 20 ème siècle sont apparus des artistes dont l'outil principal était l'estampe. Pensez à Alechinsky, par exemple. Puis le PopArt, Rauchenberg, Warhol. Alechinsky a fait déborder la gravure de son confinement de luxe. De ses formats restreints et de ses marges. Avec sa technique de juxtaposition de papier Japon, il pouvait – et peut encore!- maroufler son travail sur d'immenses châssis. De manière telle qu'on en oublie la dimension étriquée de la presse. Nous sommes loin de la préciosité : nous entrons dans le geste libéré.
Aujourd'hui, Kentridge mélange dans ses films des livres,des gravures, du fusain et réalise des installations savamment mises en place.
En réalité, il n'y a plus de hiérarchie entre la peinture et la gravure. Du moins au niveau de l'image produite. La gravure est un moyen d'expression plastique à part entière.
Et même s'il permet à l'artiste d'en faire une édition, c'est-à-dire de multiplier cette image, ce n'est pas le but principal mais une singularité propre à cet outil. Bien entendu, ceci a une conséquence sur la valeur commerciale de l'objet créé, sur son prix, mais pas au point de vue de la qualité de l'oeuvre. Nous ne parlons pas ici de sous, de commerce, nous parlons d'art, restons-y.

De nos jours, nous avons l'impression que le monde entier fait de la gravure. Les ateliers se multiplient. Mais de quoi s'agit-il ? De quelle gravure parlons-nous exactement?
La production est souvent d'une banalité terrifiante. Des copies plus ou moins ratées. La technique rare, mais parfois suffisante. On joue à être artiste, comme une tricoteuse jouerait à être à la mode. On se réunit à 1500 artistes graveurs à New Orléans et ailleurs. Un jeu de rôle dans des sociétés d'abondance. Une foire pour professionnels magnifique où l'on vend du matériel rare, de la presse au tube d'encre. On parle cuisine, on échange des recettes, on essaie de nouveaux trucs et ficelles. On fait des eaux-fortes bio. Si le constat est relativement désolant, ce n'est quand même pas si grave à l'aune des problèmes du monde. Que l'estampe se déploie entre le tennis et le football, pourquoi pas. Heureux présage souhaitent certains !


                 


Des jurys.
Si nous voulons que l'art de la gravure garde sa place dans le monde de l'art, les curateurs, commissaires, jurys de biennales, les professeurs d'académie mais aussi, en premier lieu, les artistes eux mêmes, se doivent, impérativement, d'être exigeants. Comprenons-nous bien : l'exigence étant le contraire exact du mépris. Il s'agit ici d'esprit. De philosophie de l'art. D'attitude. De rigueur et d'ouverture. De conscience du monde.
Et non pas de la famille de graveurs, des amis aux ongles noirs ! Des personnes bizarres qui signent au crayon, tous, et mettent des chiffres étranges dans les marges comme dans une secte.
C'est pourquoi il est nécessaire d'avoir des manifestations internationales. C'est pourquoi, également, il faut s'en méfier. Méfions-nous.
S'il s'agit d'une histoire entre amis, c'est sympathique, inutile et voué à l'échec.
Une biennale se doit de révéler la diversité des propos d'aujourd'hui et, éventuellement, de demain. Plus qu'un catalogue d'idées, elle serait un moteur.
La chance de la gravure, est qu'elle voyage facilement. Nous, graveurs, pouvons brasser large. La gravure permet, à moindre coût, de montrer au public des propos, des réflexions et des interrogations qui montreront le dynamisme de l'art contemporain venu du monde entier. Et cela à une échelle que seule la gravure est capable de mobiliser : coût dérisoire.
Il est donc non seulement inutile mais néfaste de faire appel aux amis !
Par contre, il est essentiel de faire un travail de recherche afin trouver un éventail de propositions de qualité. De ne pas passer à côté. D'avoir la force du refus et l'humilité du chercheur. Ne pas savoir. L'importance d'une biennale réside dans la qualité plutôt que dans la quantité, sous peine de ne plus n'être que du folklore.
C'est parce que je suis optimiste que j'écris ceci : dans le monde de l'art, nombreux sont les artistes qui pratiquent cette technique avec bonheur.
Ne nous y trompons pas, il n'est pas question de limiter le choix à ce qui serait « à la mode ». Il ne suffit pas de présenter un puzzle de 12 m x 0,80 m pour être considéré comme révolutionnaire ou crédible... de la même manière, le « classicisme » dans la présentation n'est pas à rejeter à-priori.
Parce qu'il ne s'agit pas de cela.
Plutôt d'une ouverture d'esprit à 380°, englobant ce classicisme s'il le faut, les expérimentations les plus étonnantes, innovantes et, ensuite, entre tout ce que l'on peut espérer, être digne de notre curiosité. Il importe que les biennales et ce type de manifestations, soient des réservoirs de curiosités, de nouveautés et de bonheur. Des aquariums pleins.
Nous ne sommes pas dans le commerce, bien dans la recherche. Ceci nous permet, nous autorise et autorise les jurys, à se tromper. De la même manière, ceci a comme conséquence que les jurys des biennales se doivent de prendre des risques. Oser. Essayer l'inconnu, le neuf. L’excitation, pas la peur ni le confort. L'audace.
Bref, le travail d'une galerie commerciale n'est pas du tout celui d'une manifestation soutenue financièrement par l'un ou l'autre mécène ou par l'état. Nous pouvons espérer que les manifestations aidées, subsidiées fassent le travail de recherche de manière libre et indépendante. L'espoir fait vivre.
Immédiatement se pose la question, double, de l'indépendance des autorités elles-mêmes et de l'ouverture d'esprit des mécènes, d'une part. De l'autre, l'engagement d'un galeriste à défendre une ligne directrice par conviction.
Nous ne parlerons pas du pouvoir, de la censure et encore moins de l'autocensure ou du « suivisme » propre à certaines chapelles.
Les lobbys, les amitiés politiques, les pressions : Arno Brecker n'est pas un fantôme...

L'innovation se situe dans l'esprit, non dans la forme. L'attitude de l'artiste semble – depuis Duchamps – un élément récurrent, constant et essentiel comme outil révélateur du monde actuel. Terminée la peinture sur le motif où le peintre barbu, mal habillé, romantique part réaliser son chef d'oeuvre les pieds dans le marais puis meurt de syphilis.
Duchamps est né au 19 ème siècle, avant l'art abstrait , qui date d'avant la première guerre mondiale...Le carré noir sur fond noir de Malevich, d'avant ma mère qui vient d'avoir 96 ans. Depuis, l'eau a coulé sous les ponts pendant 150 ans. Je ne crois pas obligatoire non plus, de démarrer une discussion sur l'art contemporain en mettant Marcel D. en exergue à chaque fois. Lui comme toute l'histoire de l'art sont notre patrimoine. Les histoires de l'art du monde sont à nous.
Comme la pandémie.

Je vous avoue que les jeunes artistes me remplissent souvent de joie. Les plus travailleurs arrivent à dominer et la technologie nouvelle, et l'esprit. Nous voyons des jeunes s'engager politiquement, d'autres poétiquement. Nous ne sommes plus dans la petite imagerie, le chromo, la décoration. Nous sommes face à l'expression dans tous ses délires. Ils n'ont pas peur.
Les quelques remarques faites ci-dessus ne les touchent pas. Soit ils les ignorent, soit, ils ne se sentent pas concernés. Ils constituent le monde nouveau et l'analysent.
Puissent-ils remplacer d'urgence des gens nés en 1949, comme moi. Ce serait parfait !

Quelle place a la gravure dans l'art ? Tout. Si nous la considérons comme outil de réflexion plastique avec ses particularités. Rien, si nous en restons à un artisanat de caste.
Mais, au fond, c'est quoi l'art ?

Michel Barzin
Né en 1949 en même temps que Grafički kolektiv




Michel Barzin (1949. Belgium) studied drawing, printmaking and Art History at academies of Brusselss, Boisfort and Liège High Schools (professors: Claude Lyr, Henri Brasseur, Georges Comhaire, Dacos et Robert Kayser). He worked as formal professor at: Académie des Beaux-Arts de Verviers, ( 1980- 2004) ; Académie Internationale d’été de Wallonie, (1980- 2007) ; Ateliers d’Art Contemporain de Liège (2008); Conférencier à l’ENSAV High School La Cambre (2002-2003); Flying Artists - Rockhampton, Australia (2008); Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, High School (2012); Saint Luc- Liège High School (2011- 2014). Michel Barzin is exhibiting since 1975. (Belgium, Serbia, Greece, Spain…)
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